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Entretien exclusif : Bruno Le Maire

Alors que le gouvernement souhaite accélérer la reprise de l'activité du BTP, Batiactu a interrogé le ministre de l'Economie et des Finances, Bruno Le Maire, sur les leviers à actionner pour soutenir le secteur.

Batiactu : Avec plusieurs membres du gouvernement, vous avez réuni fin avril les acteurs du BTP pour comprendre les freins à la reprise de l'activité du secteur, et entendre leurs propositions pour faciliter la relance. Quelles pistes le gouvernement pourrait-il envisager de mettre en œuvre ?
 
Bruno Le Maire : Une mission est en cours pour analyser toutes ces propositions et fera ses recommandations au gouvernement dans les tout prochains jours. Notre volonté est de favoriser une reprise rapide et complète de l'activité du secteur. Je peux d'ores et déjà dire que nous suivons avec une attention particulière le redémarrage de la chaîne logistique et l'ouverture des commerces d'approvisionnement.
 
Batiactu : L'une des principales préoccupations des entreprises de BTP concerne les surcoûts liés à la crise sanitaire et aux mesures à mettre en place. Qui doit les prendre en charge et comment les intégrer dans les contrats en cours ?
 
B.L.M. : Je suis ouvert à ce que nous travaillions sur des solutions, pour assurer une juste répartition entre les entreprises du BTP et les maîtres d'ouvrage, en fonction des situations. Dans le cadre des marchés de travaux publics, nous pouvons envisager que les maîtres d'ouvrage publics participent à la prise en charge des surcoûts liés à l'acquisition de matériel de protection sanitaire, à la nouvelle organisation des chantiers, aux problèmes de déplacement et d'hébergement.
 

"Je souhaite que l'Etat donne l'exemple."


Dans les contrats en cours et ceux pour lesquels une procédure est en cours, l'objectif est qu'il puisse y avoir une négociation de bonne foi sur l'équilibre contractuel en tenant compte des surcoûts qui ne pouvaient être chiffrés dans l'offre initiale. Je souhaite que l'Etat donne l'exemple. J'y travaille activement avec la ministre de la Transition écologique et solidaire Elisabeth Borne.


 
Batiactu : Les professionnels espèrent toujours un report des plafonnements de la déduction forfaitaire spécifique et de la première échéance de suppression de l'avantage sur le gazole non-routier dont bénéficie le BTP. Le gouvernement s'est opposé à ce type de proposition lors des débats sur le deuxième projet de loi de finances rectificative. Cette opposition est-elle ferme et définitive ?
 
B.L.M. : Ce sont deux sujets distincts. Pour le report des plafonnements de la déduction forfaitaire spécifique, je tiens à rappeler que le plafonnement n'équivaut pas à la suppression d'un avantage mais à la fin d'un dispositif qui créait un effet d'aubaine. Par ailleurs, ce plafonnement ne concerne pas uniquement le BTP mais de nombreux secteurs, comme le nettoyage ou le transport.
 

"Pas de machine arrière sur la réduction des aides fiscales nocives pour la planète"


Pour le gazole non routier, la crise ne doit pas nous amener à faire machine arrière sur la réduction des aides fiscales nocives pour la planète. Au contraire, nous devons maintenir et accélérer cette politique d'autant que le prix du pétrole est historiquement bas. Toutes les compensations mises en œuvre pour favoriser cette hausse progressive et décalée du tarif du gazole non-routier dans le dernier budget seront maintenues. Pour autant, nous sommes conscients des difficultés du secteur que nous prendrons en compte dans les mesures d'accompagnement qui seront mises en œuvre.
 
Batiactu : Dans le cadre des prêts garantis par l'Etat, certaines banques fixeraient des taux très bas valables un an seulement, après quoi ils pourraient augmenter. Est-ce une pratique que vous tolérez alors que l'Etat est garant de ces prêts, et donc payeur en dernier ressort ?
 
B.L.M. : Avant de vous répondre, précisons l'engagement qu'ont pris les banques. Elles se sont engagées à octroyer "à prix coûtant" les prêts garantis par l'Etat, c'est-à-dire à ne pas réaliser de marge dessus. Si cet engagement n'était pas tenu, nous ne le tolérerions pas. Mais nous tolérons qu'une entreprise puisse voir son taux évoluer si elle souhaite étendre la période de remboursement sur une durée de cinq années supplémentaires. Sa situation a elle-même évolué, il est normal que les taux soient de nouveau actualisés mais l'engagement d'un prêt sans marge doit demeurer.

 
Batiactu : Afin de rattraper une partie des retards de chantiers durant la période estivale, les entreprises de BTP demandent une défiscalisation des heures supplémentaires et un rehaussement des plafonds. Y seriez-vous prêt ?
 
B.L.M. : La mesure adoptée dans le dernier projet de loi de finances répond à cette demande puisqu'elle permet un rehaussement du plafond s'appliquant à la défiscalisation de 5.000 à 7.500 euros par an, les 2.500 euros par an devant correspondre à des heures supplémentaires ou complémentaires effectuées entre le 16 mars 2020 et le dernier jour de l'état d'urgence sanitaire [qui pourrait être prolongé jusqu'au 23 juillet, le texte de loi est actuellement en discussion au Parlement, NDLR].
 
Batiactu : Les professionnels soulignent que toute la chaîne de la construction, maîtrise d'ouvrage publique comprise, devra également être mobilisée cet été pour y parvenir…

B.L.M. : Oui, la maîtrise d'ouvrage publique comme privée devront être mobilisées. La relance de l'économie ne doit pas connaître de distinction entre le secteur privé et le secteur public.
 
Batiactu : Dans le futur plan de relance de l'économie, comment intégrer pleinement la transition énergétique ?
 
B.L.M. : Au moment de la reprise, séparer les questions économiques et environnementales n'aurait pas de sens. La crise actuelle ne remet pas en cause la nécessité de la transition écologique. Au contraire, elle l'accélère. Notre économie doit devenir la première économie décarbonée d'Europe.
 

"Des actions de communication ciblées en direction des particuliers pourront être entreprises pour reconquérir leur confiance."

Nous soutiendrons toutes les actions permettant de réduire la consommation d'énergie et tout particulièrement la rénovation énergétique des bâtiments. Le bâtiment repart, mais il repart lentement. Il y a quelques jours encore, près de 80% des chantiers du bâtiment n'avaient pas encore redémarré, et cela notamment car les particuliers craignaient d'être exposés au coronavirus. Les choses évoluent rapidement et la reprise s'accélère. Votre profession est désormais organisée. Quand l'activité aura pleinement repris, que les entreprises seront renforcées, il faudra relancer le secteur. Des actions de communication ciblées en direction des particuliers pourront être entreprises pour reconquérir leur confiance et les encourager à réaliser des travaux de rénovation énergétique. Nous devrons établir ensemble les meilleures solutions pour relancer l'activité.